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La jeunesse d'un mage

LES CHRONIQUES DES NAACALS

Saga littéraire de Fantasy

Début de la rédaction : 23 juin 2015

Auteur : Jack Hydra (également administrateur du site)

Se décompose en opus.

Synopsis :

            Le monde n’était pas tel que nous le connaissons. Et chaque homme et chaque femme n’étaient pas tels qu’ils sont aujourd’hui. C’est sur cette planète que nous appelions autrefois Tiamat, et plus particulièrement sur ce continent que nous appelions la Terre Providentielle, qu’émergea la première grande civilisation de l’Histoire de l’Humanité : la Civilisation des Naacals. Laquelle civilisation, qui conquit presque tout Tiamat, fut gouvernée par un Empereur sage et généreux, qui veillait au bien-être de tous ses sujets, peu importe leur âge, leur situation … Ce récit, Les Chroniques des Naacals, ou L’Encyclopédie pour les plus intellectuels, retrace l’aventure extraordinaire de ces hommes et ces femmes ordinaires qui, par leur témérité, leur persévérance et leur désir d’humanité, ont su construire la société la plus prodigieuse qui ait jamais existé.

            Rejoignez Gaal Ihed et son amie Guëlle Dolen sur le chemin des Perendils – les Cinq Pierres Sacrées – et entamez avec eux un voyage à travers les contrées les plus hostiles de la Terre Providentielle. Tous deux vont devoir faire preuve de courage et de fermeté, car des ennemis bien plus redoutables que Marmand se mettront en travers de leur route.

Cf "Infos sur la saga"

Le début d'une AVENTURE... Partir sac a dos guide bagpacker voyagezen 504x292 1

 

La soirée passée à la Chaumière aux Feux Epars fut sans doute la plus chaleureuse que Gaal eût jamais vécue, tant socialement qu’au niveau gastronomique. En effet, il faut dire que Marddin était un véritable cordon bleu. Certes, Guëlle l’avait un peu aidé mais elle était loin d’avoir fait la majorité du travail. A eux trois, ils avaient avalé la moitié d’un faisan que le magicien avait débusqué dans l’après-midi avec ses armes de chasse. Celui-ci l’avait cuisiné avec amour et avec sa touche personnelle ! Il avait certainement préparé la sauce la plus exquise que les deux jeunes gens eussent le bonheur de goûter. Mais le repas en lui-même n’était pas le seul moment agréable. Car le magicien n’avait pas pour seuls talents la cuisine ou l’art délicat de comprendre les Eléments de la Nature, il était aussi capable de produire une musique extraordinairement sublime avec sa flûte de pan.

A la fin du dîner, ils s’étaient tous assis en cercle près de la cheminée bâtie en vieilles pierres de pays. Tantôt ils se racontaient des histoires à dormir debout, des légendes sur les Géants ou les Sirènes qui avaient autrefois peuplé ces contrées. A Marddin, ils lui firent part de ce que leur avait appris Erébas-de-la-Lune à propos du passé de Tiamat. Aussitôt, l’honorable magicien leur révéla que toutes ses connaissances provenaient en grande partie du savoir ancestral de cette peuplade qu’on appelait, en Terre Providentielle, les Drax. Alors Gaal, aussi curieux qu’un jeune enfant, l’interrogea sur ce qu’il savait à propos de cette population hors norme. Et l’enchanteur de lui répondre d’une voix aussi douce que mystérieuse :

« Je connais bien ceux que vous appelez les Drax, chers enfants. Ce qui m’a le plus frappé chez eux, ce n’est pas le fait qu’ils soient incroyablement grands, forts physiquement et disposant de moyens considérables (quoi qu’ils soient largement limités, de nos jours), ils sont surtout dotés d’une intelligence qui dépasse largement celle de toutes les créatures de la Terre Providentielle, quelle que soit l’espèce. La conscience des Grandes Gens, aussi bien des Gnomes que des Färnrecks – des créatures vampiriques qui vivent dans les mines du Kenzarath – est bien moindre par rapport à celle des Drax. Le fait qu’ils comprennent chaque élément, chaque détail, chaque atome de cet ensemble harmonieux que l’on nomme une « Terre » les rend aisément supérieurs. Mais, comme vous devez le savoir, ces gens ne sont pas originaires de Tiamat. Ils viennent d’ailleurs. Si je devais vous confier un secret, ce serait celui-ci : cette discipline – la Science Secrète – que vous appelez archaïquement « Magie », provient du savoir et de toutes les connaissances de ceux que nous appelons les Drax, qui sont en réalité les descendants des Draconiens. Mais elle est également originaire d’une autre population dont la puissance mentale et matérielle égalise celle des Draconiens. Cette autre civilisation, les Drax les appelaient les … Ah ! Impossible de m’en rappeler. Enfin bref, gardez bien à l’esprit que la Magie n’est pas l’œuvre des Grandes Gens, mais de deux cultures beaucoup plus évoluées. Le Savoir Millénaire a été forgé par ces mains d’or venues d’un autre espace-temps. »

Toujours est-il que les deux adolescents ne comprenaient pas grand-chose du récit de leur hôte. La seule chose qu’ils avaient saisie, c’est que la Magie était l’œuvre d’êtres bien plus raffinés et plus anciens que les Grandes Gens. Le reste, ils l’apprendraient certainement durant leur instruction. Aussi, ils ne s’inquiétaient pas pour cela. Leur futur maître, après avoir bien ri et bien bu en leur compagnie, reprit sa flûte de pan qu’il avait posée près de la cheminée pour leur proposer, à nouveau, une succession de notes sublimes et envoûtantes. Cette fois-ci, le morceau choisi incluait également du texte. Lequel morceau fut brièvement présenté par l’Honorable Marddin d’une voix âpre et chaude :

« - Laissez-moi vous chanter la Complainte du Solitaire aux Cheveux d’Argent. Il s’agit d’une pièce que j’ai moi-même composée lorsque j’eus fini mon instruction auprès de mon maître.

- Pourquoi l’avez-vous intitulé ainsi ? lui demanda Guëlle.

Le magicien, qui soudain prit un air sérieux et mélancolique, détourna le regard pour le braquer sur l’extérieur de la bâtisse. Près de la porte d’entrée, le volet d’une des fenêtres était encore ouvert. Soumis au rythme d’un petit vent d’Ouest, il battait nonchalamment contre le rebord. Au dehors, la lune était pleine et ronde. Et son éclat illuminait la lande telle une bougie éclairant le visage d’un enfant. Cette région devait fourmiller d’une myriade de mystères, se disait Gaal. Après quelques secondes de méditation, Marddin leur révéla le secret du titre de sa prose chantée :

- C’est mon maître qui me l’a inspirée. Ses cheveux étaient couleur argent. Et il passait souvent son temps libre – je veux dire, quand il ne travaillait pas sa magie – assis en tailleur au bord de la falaise, les yeux tournés vers l’horizon, et les cheveux caressés par le vent d’Est. Il me raconta une histoire que jamais je n’oublierai.

A dévisager ses deux futurs élèves, Marddin sut qu’il ne pourrait complètement se reposer sans leur avoir dévoilé ce qui eût provoqué la langueur de Blezh l’Ancien :

« Du temps où il était un gaillard impétueux et rebelle, mon maître préférait déambuler par-delà les sentiers et ruisseaux de la Forêt des Eloges. C’est ainsi qu’on la nommait, en raison du nombre de joyeux Farfadets qui jouaient de la flûte et chantaient à tue-tête toute la journée. Cela agaçait fortement certaines Grandes Gens, qui s’y étaient temporairement installées pour chasser le cerf. Toute la journée, il aimait vagabonder, courir, voler à dos de Majestueux Blancs – des oiseaux géants au bec fin et long, très friands de petits poissons et de coquillages qu’ils dénichaient près de la paroi des falaises – et ne se préoccupait guère des pratiques austères des magiciens d’antan. Pourtant, un jour, son maître le rappela à l’ordre et, pour le punir de son insolence, il l’enferma pendant un mois dans sa chambre, la pièce qui se situe à l’étage de cette maison, en l’obligeant à pratiquer la moitié des exercices du Tarot.

 « Tandis qu’il appliquait ce qu’il apprenait, il sentait, progressivement, la passion de la discipline surgir, comme une magnifique fleur au milieu d’un bois stérile en train de s’ouvrir. Son désir de parcourir le monde était toujours bien ancré en lui, mais l’envie de devenir un grand magicien, comme son maître, envahissait peu à peu son cœur. Aussi, en à peine cinq mois, bien que son précepteur le laissât s’évader plus souvent, il devint un excellent Apprenti. Il était extraordinairement précoce par rapport aux autres jeunes gens qui essayaient, comme lui, d’assimiler l’Art de Comprendre les Eléments. Il savait d’ores et déjà manier le Hàka avec dextérité. Il pouvait même, et c’était plutôt rare chez les débutants, défier son instructeur dans un combat amical. Presque toujours, il perdait mais quelle importance : l’essentiel était qu’il fût capable d’affronter un puissant adversaire. Alors, pour le récompenser de ses efforts, Darkos – c’était son maître – l’autorisait à parcourir les vastes contrées de la Terre Providentielle à dos de Majestueux Blanc.

« Alors Blezh partit survoler la terre aux mille merveilles. Et il la trouvait belle, malgré les périodes de violence et de chaos qui s’étaient enchaînées au fil des millénaires. Il passa d’abord vers le Nord. Dans un premier temps, il visita les mines d’or du Kenzarath, là où, dit-on, serait caché un Perendil. Mais il n’y resta point car les mines étaient infestées de Färnreck et son Hàka ne suffisait pas contre une telle menace. Alors il remonta sur le dos d’Eorl’as – c’est ainsi que se nommait son Majestueux Blanc – et il poursuivit son périple jusqu’aux Terres des Drax. Là, il s’y arrêta plus longtemps car il avait l’occasion de perfectionner ses qualités d’Apprenti Magicien. A un point tel qu’il réussissait à manier d’autres armes plus efficaces que le Hàka : la Baguette d’Argent, par exemple, pouvait projeter des sorts plus puissants et plus ciblés, ou encore le Suaire d’Herkélion qui, dit-on au Pays de Kui, renfermait l’âme du héros idéaliste qui s’était vigoureusement battu pour la liberté du Petit Peuple. Ainsi, en l’embrasant, le Magicien était capable de produire un jet de flammes aussi fabuleux que celui du Phénix Rouge, l’animal fétiche de Tzkol-Khanab.

« Pourvu de ses nouvelles armes, il remercia chaleureusement ses très chers amis pour leur hospitalité, leur soutien et leur enseignement digne de ceux des Maîtres des Cieux. Il chevaucha Eorl’as tel un chevalier errant en quête d’aventure et d’honneur dans une contrée sauvage. Il revint aux mines car il avait l’intention de s’emparer du Perendil pour le remettre à son maître Darkos. Il pénétra dans les ténèbres tel un conquérant du Temps Jadis et défit les Färnreck dans un combat monumental. Après avoir abattu ses ennemis, il avança comme le digne successeur d’un grand roi vers son trésor. Mais il dut se résigner à le prendre car l’artefact était protégé par un sortilège extrêmement puissant. Par qui avait-il été posé ? Nul ne le savait. Des bribes de légendes racontent que ce serait une sorcière au crâne cornu et vivant principalement dans l’eau qui l’aurait produit. »

Les futurs élèves burent chaque phrase, chaque mot de ce discours aussi fascinant que celui d’Erébas-de-la-Lune. Même si tout cela paraissait bien féerique et utopiste, ils y croyaient véritablement. Et celui qui allait être leur précepteur percevait bien l’intérêt que ressentaient ses protégés pour cette fantastique histoire. Aussi, il se hâta de continuer :

« Comme Blezh ignorait où pouvait se cacher cette sorcière, il remonta Eorl’as pour le diriger vers d’autres contrées inexplorées. Parmi celles-ci, il visita ce qui fut autrefois Gargënsias, l’Ancien Royaume des Géants. Et, entre autres, il s’attarda dans les sentiers tortueux des Montagnes Souterraines qui seraient à l’origine, raconta-t-on dans les Contrées Désertiques et d’Argent, d’une lumière égalisant celle des Êtres Célestes. Les Géants avaient été de grands bâtisseurs. Les Montagnes Souterraines faisaient partie de leurs merveilles. Mais on dit d’eux qu’ils avaient été, en un temps fort reculé, les esclaves des Sirènes des Vallées Pleureuses.

« Tandis qu’il s’aventurait en Terre Providentielle, un Géant nommé Dars Loken tomba éperdument amoureux d’une Sirène nommée Cellaxène. Celle-ci, dont les charmes étaient largement supérieurs à ceux des femmes du pays du Géant, et même supérieurs à ceux des autres Sirènes, séduisit aisément Dars Loken. Aveuglé par un amour surnaturel inconsidéré, il se transforma en pantin stupide prêt à tout pour satisfaire les moindres caprices de la belle. Il devint une véritable marionnette, si bien que la maléfique égérie lui donna un nouveau nom : Pantir Gorlas, Pantir pour pantin. Et un jour, elle lui demanda d’accomplir la plus impardonnable des fautes : faire la guerre à sa propre patrie, celle des Géants. Sur le moment, Pantir Gorlas hésita. Il avait trop bon cœur pour oser défier ainsi ceux qui l’avaient élevé et éduqué. Mais Cellaxène, cette maléfique séductrice, sut trouver les arguments adéquats pour mettre fin aux remords de son amant qui n’avait plus aucun sens critique :

« M’aimes-tu, Pantir Gorlas ? »

« De toute évidence, l’autre répondit que oui. Mais la mégère profita de la faiblesse de son pion pour accentuer encore davantage le désir qu’il avait pour elle :

« Si tu entreprends cette guerre, je t’offrirai quelque chose d’inoubliable. Quelque chose que tu n’imagines même pas dans tes rêves les plus fous. Je te donnerai tellement d’amour que tu pourras voyager par-delà les frontières du Royaume de Tzkol. Je te ferai voir les monts et merveilles qui s’y cachent et ses couleurs les plus insolites. »

« Vous avez compris le discours. Et vous aurez aussi compris que ce pauvre bougre qui fut autrefois le fier Dars Loken croyait dur comme fer à tout ce que venait de dire la dame. Celle-ci l’admira, sans cesse, exagéra ses vertus, lui en attribua d’autres qu’il ne possédait même pas. Aussi, elle le mit à la tête de ses bataillons de Sirènes et de Tritons. Et alors, le jour de la grande conquête venant, il reprit la route de Gargënsias.

« Une fois arrivé à destination, ses compagnons Géants, qui désespéraient à l’idée de ne plus le revoir, se mirent à courir de part et d’autre du Royaume dans le but de lui faire un triomphe. Tous, assurément, s’attendaient à ce qu’il leur fît part de ses mésaventures, si possible, sous forme de poème. Mais ils furent surpris de voir qu’il n’en fit rien. Et ils furent d’autant plus stupéfaits du fait qu’il revînt au pays à la tête d’une armée d’étrangers. Alors, Pantir Gorlas, sur un ton révélant un impérialisme et une détermination qui ne lui ressemblaient pas, cria à ses soldats :

 « Soyez aussi destructeurs que la lave d’un volcan, aussi dévastateurs que le vent des tempêtes, aussi puissants que les flots d’au-delà des mers, et que la pitié et le chagrin ne vous affectent en rien ! »

« Alors, l’armée de Sirènes et de Tritons, animés par les pouvoirs de Cellaxène et chevauchant de redoutables reptiles volants, fondirent sur les malheureux Géants qui n’eurent même pas le temps de s’armer et de former leurs lignes. Il ne fallut qu’une seule journée pour balayer toute la civilisation de Gargënsias. Il y eut des survivants mais ces derniers furent enrôlés comme esclaves pour bâtir le nouvel empire de l’Impératrice des Terres du Nord. Après sa désastreuse victoire, Pantir Gorlas retrouva sa maîtresse Cellaxène. Vous vous doutez certainement qu’elle ne tint aucunement sa promesse. Bien au contraire, elle retira à Pantir Gorlas tous ses titres et, au lieu de faire de lui son Empereur, elle le réduisit en esclavage auprès de ceux qui avaient été ses compatriotes. Sa vie d’esclave fut horriblement courte puisque ceux qui s’étaient sentis bafoués par cet homme à qui ils avaient accordé toute leur confiance s’étaient rués sur lui pour le rouer de coups jusqu’à ce que mort s’ensuive ! Ainsi périt Dars Loken, un jeune intrépide plein de promesses qui fut abusé par les maléfices d’une étrangère. »

Les deux adolescents baissèrent les yeux, heurtés par cette affreuse histoire. A cet instant, ils se demandèrent comment une femme, bien qu’elle ne fût pas Grande Gen, pouvait se montrer aussi mauvaise envers un homme et tout un peuple. Et ce dans le seul but de satisfaire ses désirs de pouvoir et de domination. Aussi, Gaal tenta de se rassurer à sa manière concernant le sort des pauvres Géants :

« Et l’Ancien Royaume, qu’en est-il advenu ? Est-ce que les esclaves ont eu le courage de se révolter ?

Compatissant, Marddin lui sourit en fermant à moitié les yeux :

« Mon cher Gaal, si ça peut te rassurer, nos braves Géants ont réussi à trouver ce courage, grâce à un autre héros très célèbre de l’histoire de la Terre Providentielle. Ce héros, dont les exploits dépassaient presque ceux d’Herkélion, se nommait Penta Gern’las. Il s’arma d’un gourdin géant, qui était en fait l’os d’un animal marin disparu, puis prit la tête d’une foule d’esclaves pour neutraliser leurs tortionnaires au Nord-Ouest de cette Terre. Le fait d’avoir accompli cet exploit inspirait de la confiance auprès des autres Géants, qui n’eurent plus qu’un seul désir : se révolter à leur tour. Très vite, Penta Gern’las devint une figure mythique et un exemple de témérité pour tous ses semblables. Ainsi, à la tête de nouvelles légions de Borod’wir, des fantassins Géants protégés par de redoutables armures fabriquées à partir de roches volcaniques et armés de gourdins en métal, il entreprit la reconquête de son cher foyer. Bien entendu, Sirènes et Tritons se manifestèrent par une résistance farouche. Mais cela fut loin de décourager Penta Gern’las qui mena ses troupes avec une ténacité sans précédent. Aussi, la Grande Armée de Cellaxène fut très vite balayée. Quant à Cellaxène elle-même, elle subit le sort qu’elle méritait. Penta Gern’las, après son écrasante victoire, alla la trouver dans son Palais de Verre et d’Or, un poignard en bronze à la main. Il la trouva sur son lit de soie recouvert d’algues sèches, la belle était endormie. Enfin, levant sa lame vers le ciel, il ne l’égorgea qu’à moitié pour la laisser se vider de son sang. Il voulait qu’elle souffre comme ses compagnons esclaves avaient souffert. Après cet événement, ce héros des Temps Anciens se proclama lui-même Roi des Géants puis mit en place de nouvelles fondations pour son nouveau Royaume. Je n’en raconterai pas davantage sur ce sujet car ce n’est pas celui-ci qui nous concerne en cet instant. »

Les deux adolescents restèrent muets, interloqués et en même temps fascinés par toute cette histoire. Mais Marddin n’attendit pas qu’ils se remettent de leurs émotions pour narrer la suite des aventures de Blezh l’Ancien :

« J’en reviens au périple de mon maître. Après avoir visité les antiques galeries des Géants, il se dirigea vers le Sud vers les petits fiefs des Grandes Gens, mais il ne s’y arrêta pas car ils les trouvaient inintéressants. Rien à voir avec la splendeur de jadis des Géants ou des Drax. Auparavant, il s’était attardé dans les Ruines de Gnömesis, l’Antique Royaume des Nains. Mais, déçu par le manque d’esthétisme et d’éléments artistiques, il ne s’y était pas attardé non plus. Alors, il avait enfourché son fidèle Eorl’as et s’était à nouveau aventuré jusqu’aux cieux. Ayant voulu oublier le dégoût que lui avait inspiré l’histoire de la Terre Providentielle, il s’était laissé caresser par la douceur du vent du Sud-Ouest, lequel était originaire de Sarchenland. Il demanda à sa monture de bifurquer vers l’Est, vers les Collines Serpentines. Là où, dit-on, des lutins et gnomes des marais venaient s’y promener et s’y réfugier durant la Période du Grand Chaos. Il n’y resta pas non plus puisqu’il n’y avait rien à voir. De plus, les marécages qui bordaient les collines étaient infestés de moustiques gros comme des rats et il y régnait une chaleur étouffante. Il continua donc, par l’Ouest, jusqu’à la Baie de Sarchenland puisqu’il voulait voir la mer à nouveau. Pendant trois jours et trois nuits, il campa sur le bord de la plage pour méditer, pour faire le point sur sa vie qu’il espérait pleine de sens. Petit à petit, il prit conscience de son état psychique et de la voie qui lui était destinée. Il saisit, en ces doux instants, comment un homme pouvait accéder au bonheur. Oui, cette fois, il comprenait quel était le vrai bonheur.

« N’oubliez jamais ce que je vais vous dire maintenant : le vrai bonheur ne réside pas dans le bien-être matériel ou sentimental, il réside dans la croyance de valeurs louables pour lesquelles on est prêt à se sacrifier. Par se sacrifier, je ne l’entends pas par le fait de s’armer et de lutter contre ses propres semblables pour faire valoir ses valeurs. Non, il est possible de se sacrifier autrement : en usant d’une démarche pédagogique par exemple, par un discours constructif et réfléchi afin de persuader la personne visée de la logique de nos valeurs. Durant votre apprentissage, je m’efforcerai de vous rappeler tout ce que je viens de vous dire. Un Magicien digne de ce nom ne doit jamais omettre de tels préceptes, quoiqu’on ne puisse pas tellement appeler cela des préceptes. Tout cela est très important car la Magie, la Science Secrète, ne doit jamais être utilisée à mauvais escient.

« Dès qu’il se sentit plus serein et doté d’une nouvelle trempe, il reprit son envol. Durant ce voyage dans les contrées du Sud, il estima que, ces derniers temps, il s’était un peu trop éloigné de la civilisation pour satisfaire ses désirs de solitude. Alors, il se posa, pour changer, aux portes d’Abd Al Kad, la grande cité des Contrées Désertiques et d’Argent, la patrie des plus grands explorateurs de la Terre Providentielle. Dans un premier temps, il constata que le commerce florissait et que les pêcheurs de calmars et de langoustes étaient bien nombreux. Il déambulait parmi les marchands d’épices, de dattes et d’autres fruits exotiques. Il parlait avec eux, en apprenait plus qu’il n’espérait sur les mers et les océans. La plupart des artisans et pêcheurs affirmaient qu’il s’agissait d’un monde où il serait sot de vouloir s’y aventurer. Seuls les marins aussi expérimentés que Sérébad le Brun pouvaient se permettre d’affronter les dangers de cet environnement hostile et imprévisible. Aussi, aucun pêcheur ne s’éloignait vraiment des plages. Car dans les eaux profondes régnaient ce qu’on appelle dans cette région les Grands Léviathans de Tiamat. Ce sont des monstres qui ressemblent aux langoustes de nos côtes, mais en beaucoup plus gros. En fait, ils peuvent atteindre la taille du Zérathos Thràn, le navire du légendaire explorateur. La plus grande peur des marins était de subir l’attaque d’une de ces créatures. En général, c’était plutôt rare mais quand cela arrivait, le navire coulait systématiquement et ses occupants servaient d’entrée à l’être arachnéen.

« Souhaitant oublier ce qui effrayait le plus les Grandes Gens, Blezh décida de rendre visite au Sultan Céleste d’Abd Al Kad. N’entendez pas « Céleste » par le fait que ce souverain était spirituellement évolué, mais par le fait que la plus haute tour de son palais, là où se trouvait sa chambre, effleurait pratiquement les premiers nuages. Quand il le rencontra, il se rendit compte qu’il avait une très haute opinion de lui-même et qu’il aimait vivre dans le luxe. Aussi, il affichait toujours un air hautain, dans le but d’exprimer son importance. Blezh n’aimait pas beaucoup ce souverain, bien que celui-ci lui eût offert du thé accompagné de metlaos, des petites galettes de semoule. Un après-midi, tandis que tous deux refaisaient le monde autour de la table basse de la salle du trône, la fille du Sultan Céleste arriva dans la pièce avec une grâce et une sensualité sans égales.

« De sa vie, jamais mon maître n’avait rencontré de femme aussi charmante, aussi courtoise ni aussi belle. Belle, oui, elle l’était ! Aux yeux du jeune magicien, c’était certainement la plus belle femme que la Nature pouvait engendrer. Il lui prit délicatement la main pour y déposer un baiser non pas bienséant, mais tendre et affectueux. Sa peau mate était aussi lisse et douce que celle des descendantes d’Hangawa, et ses yeux vert émeraude étaient aussi brillants que tous les saphirs que possédaient le Sultan. De toute évidence, son élégance électrique et sauvage pouvait faire pâlir n’importe quelle princesse ou fille de haut rang de son âge. Une passion dévorante envahissait peu à peu le cœur de mon maître, subjugué et pétrifié par cette présence qu’il jugeait divine. Son père lui demanda alors d’exécuter la danse du cobra, une danse du ventre que toutes jeunes filles des familles aisées de ces contrées du Sud se devaient d’apprendre sur le bout des doigts afin de séduire d’éventuels maris. Alors, Shahar’Rézhade – c’était son nom – exécuta cette danse comme une divinité jouerait de la lyre ou de la flûte de pan. Ses mouvements étaient ceux d’un cygne cillant à la surface d’une rivière, et sa féminité n’avait d’égale que celle des Sirènes des Vallées Pleureuses. Comme elle était légèrement vêtue, sa façon de se mouvoir, érotique et cabalistique, ne faisait qu’amplifier le désir charnel qu’éprouvait Blezh à son égard. Et, il en était sûr, cet être d’une autre dimension partageait véritablement cet amour : ses pupilles dilatées et ses mamelons qui pointaient révélaient clairement sa passion dévorante pour Blezh, passion qu’elle n’avait aucune envie de dissimuler. Ce jour-là, le cœur de Blezh l’Ancien chavira. »

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